Le Plaisir ET la Forme

******************************************

20.4.16

Le "Printemps des Champagnes" 2016

Clés du royaume florissant des fines bulles de terroir

"Grappe mystique" - Cathédrale de Reims
"Il n'est Champagne que de la Champagne !". Cette affirmation, à première vue empreinte de corporatisme régional, prend tout son sens à l'issue des journées professionnelles qui viennent d'accueillir acheteurs, sommeliers et journalistes de tous horizons dans plusieurs lieux prestigieux de la "cité des sacres" et de quelques autres villes de la Marne et de l'Aube, à l'occasion de la 8ème édition de l'ex- "Champagne Week" (opportunément rebaptisée dans la langue plus fleurie de Molière). Regroupés en une vingtaine de Cercles ou Associations, environ la moitié des 320 Maisons membres de  l'Interprofession présentaient leurs cuvées issues des vendanges 2000 à 2014 et dégorgées dans l'année écoulée, ainsi que les "vins clairs" du millésime 2015 (très séduisant et prometteur). Ces dégustations intensives d'environ 500 échantillons (en ce qui nous concerne !), ont permis une prise de conscience de la grande diversité des nectars produits dans les 4  principales zones de l'appellation (du nord au sud : La Montagne de Reims, la Vallée de la Marne, la Côte des Blancs et la Côte des Bars) comprenant presque 300 terroirs, dont 17 "Grands Crus classés" et 44 "Premiers Crus". Parmi leurs caractéristiques communes figurent le climat contrasté, alternant douceur océanique et rigueur continentale, la structure géologique à dominante crayeuse, les principaux cépages blanc et rouge cultivés (Chardonnay, Pinot noir et Pinot meunier) et bien entendu la "méthode champenoise" (dite "traditionnelle" en dehors de l'AOC) de vinification avec sa seconde fermentation en bouteille. Mais le Champagne, probablement plus que tout autre vin effervescent dans le monde, est avant tout le fruit d'une étonnante alchimie de multiples facteurs concentrés sur une superficie plantée de seulement 33000 hectares (4 fois moindre que celle du vignoble de Bordeaux !). Ils sont d'abord liés à la spécificité de chaque lieu (orientation des parcelles, composition des sols, âge des vignes, phénomènes météorologiques locaux), mais également aux pratiques vitivinicoles qui font l'objet de choix stratégiques quasi permanents influant considérablement sur l'évolution des vins à court, moyen et long terme : répartition de l'encépagement, origine des ceps (clonage, sélection massale, non-greffés), biodiversité et entretien des sols (labourage, désherbage...), traitements des plants (intrants de synthèse ou naturels), rendement à l'hectare, dates de vendanges; tri des grappes, temps de macération (pour les rosés), intensité de pressurage, déclenchement (levurage ou levures indigènes) et contrôle de la  fermentation alcoolique (et éventuellement malolactique), pourcentage des cépages et des vins de réserve (et parfois de "réserve perpétuelle - solera") sélectionnés pour réaliser l'assemblage final,  durée de l'élevage en cuve (inox ou béton) et/ou en barrique (volume, origine du bois, ancienneté d'usage...), nombre d'années de vieillissement sur lattes et, "last but not least", la quantité de soufre ajoutée ainsi que celle de "liqueur d'expédition" (mélange de vin et de sucre)  déterminant le  "dosage" de la cuvée avant sa mise sur le marché. Dans ce contexte de "funambulisme oenologique", la proportion grandissante, surtout parmi les nouvelles générations de viticulteurs, d'exploitations certifiées HVE (Haute Valeur Environnementale), labellisées "bio" ou s'orientant vers la "biodynamie" est particulièrement encourageante. Cette dernière  approche, très exigeante à vigne comme au chai (notamment pour les cuvées "nature" ou "zéro dosage"), peut être identifiée "à l'aveugle" 8 fois sur 10 par le dégustateur éclairé, tant les vins qu'elle permet d'élaborer expriment pour la plupart en bouche un supplément de vitalité, minéralité et sapidité qui leur confère une dimension "géo-sensorielle" et vibratoire traduisant l'authentique et subtil goût de terroir. Grâce à cette démarche visant l'excellence le Champagne peut prétendre conserver son prestige de  "roi des vins et vin des rois" face à la concurrence croissante des effervescents à bas prix en provenance d'autres vignobles hexagonaux et de nos voisins d'Europe du sud, parfois agréables à boire mais manquant de complexité et de raffinement, qui envahissent les rayons de la grande distribution. Il apparait également essentiel, en particulier pour les domaines familiaux de dimension modeste, de s'appuyer sur des conseillers expérimentés pour promouvoir leur production auprès des réseaux (particuliers, cavistes, restaurateurs...) susceptibles d'en apprécier le (très) bon rapport Qualité/Prix/Plaisir. L'inscription en juillet 2015 des "Coteaux, Maisons et Caves de Champagne" sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, ne peut qu'inciter les vignerons, soucieux de valoriser leur terroir d'exception pour les générations futures, à poursuivre dans cette voie royale pour nous régaler de vins accompagnant harmonieusement nos agapes de l'apéritif au dessert...
http://www.printemps-des-champagnes.com/

Archives du blog

visites