Le Plaisir ET la Forme

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25.3.20

Les Petites Journées en Bourgogne "Vin-Vin"

Rencontres intimistes avec les Alchimistes des Climats

L'annulation, inédite depuis leur création en 1992, pour cause de Coronavirus des Grands Jours de Bourgogne initialement prévus du 9 au 13 mars (et reprogrammés en 2021) à fait l'effet d'un coup de tonnerre dans le monde du vin. Ce prestigieux salon itinérant, pour lequel j'avais bénéficié d'une accréditation "presse" en 2018,  accueille tous les 2 ans environ 2500 professionnels accourus des 4 coins du globe. Le moment de sidération passé, à peine rentrés d'une mémorable immersion au firmament des fines bulles champenoises en compagnie du passionné Expert-Consultant en Gastronomie Manuel Da Motta Veiga, nous décidons de reprendre la route en direction du sud à l'initiative de mon infatigable compère Sommelier émérite Alain Ségelle (Monde Vivant du Vin)
JOUR 1 Sous de froides averses, première escale au Domaine Alain Vignot à Paroy-sur-Tholon (89), exploitation cultivant 12 ha de vignes essentiellement sur la Côte Saint-Jacques, une appellation méconnue à l'extrême nord du Grand Auxerrois : savoureux Pinot Gris ("Beurot") 2019 à petit prix. Nous enchaînons avec le Domaine Pascal Henry (15 ha), à Saint-Cyr-les-Colons en bordure du sud-ouest chablisien, chaleureusement accueillis par son épouse Pascale : l'occasion d'un premier Chablis 2019 tout juste mis en bouteille mais goûtant déjà remarquablement bien. Pause déjeuner bienvenue à La Beursaudière (89 - Nitry), une auberge de charme proposant des desserts exquis comme "La rose des sables" (brownie et ganache noisette, fines feuilles de chocolat et gavottes citron). Requinqués par ce repas, nous repartons pour Vosne-Romanée, saint des saints de la Côte de Nuits, où le Domaine Armelle et Bernard Rion avait improvisé une belle dégustation de "copains vignerons" : parmi les 12 cuvées produites par les maîtres des lieux, un coup de cœur pour la souplesse veloutée du Pernand-Vergelesses Rouge "Les Boutières" 2018. Puis direction Beaune pour rejoindre notre habituel Q.G. Au Raisin de Bourgogne, chambres d'hôtes avec petit-déjeuner gastronomique incontournable concocté par le truculent ex-Chef Didier. Une fois arrivés à "bon porc", nous mettons le cap vers le restaurant Le Goret qui peut se targuer de ne plus proposer d'entrées tellement les plats de cochonnailles sont copieux et gourmands !
JOUR 2 C'est à Villers-La-Faye, un bourg situé en Hautes Côtes entre Nuits-Saint-Georges et Beaune, qu'Arnaud Boué a décidé de mettre à profit son expérience de Responsable Technique d'Exploitation pour créer son activité de Négociant-Vinificateur. Privilégiant des partenariats avec des vignerons respectueux de la nature et des terroirs (bio, biodynamie) il compose chaque cuvée comme une oeuvre dans son mini-chai s'apparentant à un atelier d'artiste : excellent Nuits Saint-Georges 1er Cru "Les Chaboeufs" 2018 (échantillon sur cuve). Dans le cadre des Grands Jours de Bourgognes, une série de dégustations "off" avait été programmée dont quelques-unes ont été maintenues pour notre plus grand bonheur. Les Tontons Trinqueurs réunissait au Domaine Chantal Lescure (18 ha certifiés en bio) à Nuits-Saint-Georges une bonne trentaine de vignerons, issus à parts égales de Bourgogne et des autres vignobles de France, attachés aux valeurs de partage et de convivialité. Un des partenaires de l'évènement était les verres Sydonios, dont le design éthéré associé  à une grande précision technique subliment la finesse et l'énergie des vins. Puis, dans la même veine, la Punition Collective organisée dans le chai du Domaine Françoise André à Beaune (7,5 ha en approche biodynamique) autour de 25 vignerons, dont la moitié de non-Bourguignons. Ambiance chaleureuse agrémentée par un généreux buffet. La soirée s'est achevée par un verre au "Bout du Monde", bar beaunois affichant une carte des vins et alcools (plus de 40 références de Rhum !) impressionnante.

JOUR 3 Premiers cas d'infection au Covid-19 détectés dans la région mais, en cette fin d'hiver trop doux, les viticulteurs semblent plus préoccupés par la menace d'un gel survenant après un réveil végétal précoce. En début de matinée visite de la Maison Louis Picamelot à Rully (71), spécialisée depuis 1926 dans la production de "Bourgognes mousseux" de haute qualité (300 à 350 mille cols par an). Le bâtiment rénové, hébergeant les bureaux et les caves en étage adossées à la falaise, évoque une cathédrale futuriste élevée à la gloire de Dionysos : belle gamme de Crémants aux dosages judicieux et sulfitages modérés (50 mg/l en moyenne), dont plusieurs millésimés n'ayant rien à envier à des bons Champagnes. Au bout d'une douzaine de kilomètres en direction de Châlon-sur-Saône, nous arrivons à Dracy-le-Fort au Domaine Deliance, accueillis par la sympathique Perrine, représentant la 3ème génération. Le cadre est beaucoup plus sobre que celui de notre visite précédente, mais les bulles des Crémants sont tout aussi fines et soyeuses :  un test comparatif nous prouve que les  Blancs de Noirs sont beaucoup plus expressifs dans un verre à vin que dans une flûte, et le Givry (Rouge) 1er Cru "Clos de Servoisine" 2018 nous fait saliver à l'approche de midi par l'évocation d'un possible accord original avec une volaille sauce cacao. Au nord de la Côte Chalonnaise, arrêt à Mercurey au Domaine Duvernay P & F (œnologue = fille Floriane) où nous retrouvons dans le nouveau caveau panoramique de dégustation de joyeux touristes québécois : parmi les nombreuses cuvées primées, le Mercurey rouge "Floriane" 2015, médaille d'or du concours Féminalise 2017 séduit par son intensité aromatique non dénuée de finesse. Retour sur Beaune pour un mémorable "off" non programmé des Climats de la Côte Châlonnaise dans l'ambiance recueillie de la Cave du Couvent des Cordeliers (13ème siècle). Une dizaine de vignerons y présentaient une sélection de leurs meilleures cuvées, dont plusieurs Blancs 2017 confirmant leur subtil profil gastronomique (déjà détectable sur les échantillons tirés sur cuve en 2018) et Rouges 2016 affirmant leur potentiel de garde. Rencontre avec Pierre de Benoist qui conduit depuis 2003, avec la même ferveur discrète que son illustre oncle, le Domaine (A. et P.) de Villaine acquis en 1971 par ce dernier : son Bouzeron 2018 dévoile tous les charmes de l'aligoté doré, mais nous fait surtout prendre conscience de l'importance du sens de rotation du nectar dans le verre car, comme aurait pu l'affirmer le Petit Prince de Saint-Exupéry, "on ne boit bien qu'avec le cœur". Sur un plan vibratoire, on saisit mieux que l'entrée en résonance de l'essence d'un vin avec  le squelette, notre ultime incarnation terrestre, conditionne son accès à l'âme (une simple "histoire d'os" en fait !). En soirée, la modeste appellation Monthélie (encadrée par celles de Volnay et Meursault), organisait sa dégustation King Size dans le bar La Parenthèse : les Blancs et Rouges, Village et 1er Crus, amenés par 5 amis vignerons motivés ont fait honneur à leurs 2 prestigieux voisins, et les gaufres (maison) au vieux gouda ont contribué, par une agréable touche sucrée-salée, à la réussite gustative de l'évènement.

JOUR 4 Une douce lumière baigne enfin les côteaux. Au cœur de Beaune, nous sommes reçus (en respectant des "gestes barrières" !) à la Maison Louis Jadot, vénérable institution du négoce bourguignon, par Nicolas Dupuis, responsable export Amérique du Sud; la visite étant initialement prévue pour un talentueux jeune confrère Sommelier péruvien (Erick Calienes) qui a dû anticiper son retour avant la fermeture des frontières. Les installations de vinification et de conservation des vins sont monumentales, à l'image du récent chai construit sur le nombre d'or. La gamme couvre de nombreux Climats de Chablis au Beaujolais, des Bourgognes génériques au Grands Crus, avec la volonté de valoriser ces terroirs dans la durée : silence respectueux à l'ouverture du Clos Vougeot 2012 encore dans sa  prime jeunesse (rendez-vous dans 10 ans ou plus !). Notre virée inopinée se conclut par une escale  à Morey-Saint-Denis, haut lieu de la Côte de Nuits, dans l'intimité de la cave du Domaine Alain Jeanniard (4 précieux ha à 80% en bio). Assisté par son collaborateur Alexis, Alain est un orfèvre de l'assemblage, comme nous avons pu l'apprécier au travers de 8 cuvées 2019 (tout en équilibre raffiné) encore en fûts et de 8 vins en bouteilles sur les millésimes 2016, 2017 et 2018 (tout en séduction gourmande) : frisson d'émotion en goûtant le Bourgogne Rouge "Quintessence" 2017 alliant la puissance d'une parcelle de Chambolle et la minéralité de celle des  Hautes-Côtes-de-Nuits. En guise de bouquet final, un ratafia Solera 2002, à base de marc 1984 et de fine Pinot Noir "de la grand-mère", mélangés avec du jus de Chardonnay. 
De retour en région parisienne, juste à temps pour le confinement général, j'ai le sentiment de ne pas rédiger cette chronique en vain car, tout compte fait, nos 4 Petits Jours "20-20" ont (presque) tout des Grands....

7.6.19

Les charmes discrets du Vin de Madère

L'or liquide des alchimistes insulaires

Parmi les dégustations professionnelles parisiennes considérées comme incontournables, beaucoup de confrères vous citeront sans hésiter celle offerte depuis plusieurs années par l’Institut du Vin de laBroderie et de l’Artisanat de Madère (IVBAM). Le mardi 4  juin c’est  la salle de réception de  l’OIV proche de  l’Elysée qui accueillait cet évènement efficacement coordonné par les sympathiques collaboratrices de l’agence Vinconnexion de Michèle Piron. Surgie de l’Atlantique lors d’éruptions volcaniques à l’époque tertiaire, l'archipel portugais de Madère, est un « cadeau de la nature » situé à plus de 600 km des côtes marocaines, garni de montagnes escarpées et verdoyantes plongeant à pic dans l’océan. Depuis son origine coloniale au 15è siècle, le Vin de Madère s’est forgé  une renommée internationale grâce à plusieurs évènements et personnages historiques auxquels il fût associé : condamnation du duc de Clarence (frère du roi Edouard IV d’Angleterre) à la noyade dans un tonneau de Malvoisie, déclaration d’indépendance des Etats-Unis, exil de Napoléon à Sainte-Hélène, visites de Winston Churchill sur l’ïle… De  nos jours, l’appellation couvre environ 500 hectares de vignes nichées en terrasses tout autour de l’île à des altitudes variant de 100 à 700 mètres, cultivées par plus de 2000 viticulteurs qui livrent leurs raisins à 8 grandes entreprises de production, dont certaines ont conservé une dimension familiale. La dernière venue est la Coopérative Agricole de Funchal (CAF) qui a lancé son premier vin en avril 2016 et dont l’équipe est exclusivement constitué de femmes (sauf  le Président bien sûr !).  Ces producteurs, pour certains représentés par leur œnologue réputé, avaient amené dans leurs bagages un panel de cuvées illustrant à la fois les caractèristiques communes et la personnalité unique de ces vins mutés si finement oxydatifs : chauffage en cuve inox (« Estufagem ») ou long élevage (jusqu’à plus de 50 ans !) en fùts français ou américains (« canteiros ») entreposés à température élevée; équilibre remarquable entre alcool (17 à 22%), douceur (sucre résiduel variant de moins de 50 à plus de 100 g/l), vivacité (Acidité de 6 à 10 g /l) et minéralité (sols volcaniques) ; capacité de garde exceptionnelle,  même une fois la bouteille ouverte (plusieurs mois !); haut niveau qualitatif encouragé par le cahier des charges particulièrement exigeant édicté par l’Institut du Vin de Madère. Derrière cet air de famille indéniable se cachent, comme dans tout grand terroir viticole, de multiples profils aromatiques liés à l’environnement naturel, aux méthodes de culture, aux cépages, aux techniques de vinifications, aux millésimes et à la durée de vieillissement. Les 6 principaux cépages (1 rouge, et 5 blancs dits "nobles") utilisés, par ordre dégressif du pourcentage de surface plantée, sont : le Tinta Negra (54%), seul cépage rouge, dominant dans les vins d’assemblage ; le Sercial (5%) pour les vins secs ou extra-secs, le Verdelho (13%) pour les demi-secs, le « Boal » pour les demi-doux, les 3 variantes de Malvasia (8%) pour les doux ; et le « joyau » Terrantez (1%) pour l'élaboration des vins demi-secs ou demi-doux, avec une subtile pointe d'amertume en fin de bouche. Une passionnante masterclass, animée avec ferveur par Rubina Vieira (formatrice à l'IVBAM), résuma parfaitement l’ensemble des spécificités conférant à ces nectars une place à part dans le monde du vin. Parmi la cinquantaine d’échantillons présentés cet après-midi-là certains ont laissé sur le palais du sommelier une empreinte particulièrement marquante : Tinta Negra Colheita 2005 Demi-doux de H.M. Borges (mariage heureux avec un ris de veau ou d’agneau), Sercial Colheita 1997 de Justino’s Madeira Wines (fidèle compagnon du saumon fumé à la crème), Verdelho 1981 de Henriques & Henriques (partenaire idéal d'un foie gras au chutney), Terrantes 1980 de Blandy’s MadeiraWine (quintessence de  noix, pour méditer avec ou sans cigare), Malvasia 40 Anos de Barbeito Madeira (lune de miel avec le caramel beurre salé). A l'occasion d'une dégustation à l’aveugle certaines cuvées anciennes de type "doux", millésimées (« Colheita Harvest » - 5 ans, « Frasqueira/Garrafeira » - 20 ans)  ou en "Solera", rivaliseraient certainement avec les plus meilleurs liquoreux jusqu’à faire vaciller sur son trône notre bon vieux "roi Yquem" ! Mais c’est autour d'un repas que le Vin de Madère révèle ses plus beaux atours, avec la remarquable palette organoleptique offerte par ses différents styles. L'épicurien éclairé découvrira une infinité d’accords harmonieux de l’apéritif au dessert qui atteindront leur apogée sur un plateau de fromages (Comté, Cantal, Mimolette, Pâtes persillées...). Trop souvent cantonné au rôle de simple faire-valoir dans la cuisine française, le Vin de Madère se révèle un parfait ambassadeur gastronomique de son île paradisiaque où le bonheur se trouve peut-être dans le verre...

18.12.18

Si la Romanée m'était contée

Initiation à la mystique d'un Domaine mythique


« Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es ». Cette citation tirée du "Prince" de Nicolas Machiavel (1469 – 1527) pourrait fort bien illustrer la perception du légendaire Domaine de la Romanée Conti (DRC pour les intimes) par le grand public. Une opportunité rêvée de découvrir les joyaux longtemps entrevus derrière ces 3 initiales magiques s'est enfin offerte le jeudi 13 décembre dernier, avec la présentation du millésime 2015. Cet évènement, organisé chaque année dans la cave voûtée de l’école de dégustation Grains Nobles et Plus dirigée par Pascal Marquet (lieu prédestiné à deux pas de l’église Saint-Séverin où mes parents ont célébré leur mariage !) réunissait une trentaine d’heureux élus ayant pu réagir instantanément à l’invitation reçue début août. Il se déroulait en présence d’Aubert de Villaine, co-gérant du Domaine depuis 1974, entouré de Michel Bettane, expert en vins co-auteur d’un guide réputé, et de Bernard Burtschy, dégustateur émérite et Président de l'Association de la Presse du Vin. La soirée démarre par une brève introduction sur les caractéristiques du millésime : « l’un des plus parfaits que j’aie connus » précise de sa voix discrète et posée Aubert de Villaine, « l’un des plus grands des 40 dernières années » renchérit avec ferveur Michel Bettane. En résumé 2015, qui fait honneur à l'inscription le 4 juillet des climats du vignoble de Bourgogne au patrimoine mondial de l'UNESCO, se distingue par : un temps globalement sec et chaud, accompagné d'un vent du nord bénéfique et parsemé de quelques violents épisodes pluvieux fort opportuns – des vendanges concentrées entre le 4 et le 14 septembre – la maturité extrême des raisins (mais sans aucune sur-maturité) autorisant des vinifications en vendange entière (pour 70% de la récolte) en vue d'apporter de la fraîcheur sur le long terme (millésime de grande garde ?) – une montée à 35° des raisins dans les cuves sans intervention pour les refroidir - des fermentations puissantes et exceptionnellement longues (21 à 23 jours) du fait des teneurs importantes en polyphénols et de la richesse en sucre – une mise en bouteille entre février et avril (2018) par lune descendante et décroissante avec une pression atmosphérique haute – un nez déjà bien expressif (arômes de réduction non amers) exhalant le fruit avec des tanins amples en bouche, le côté solaire l’emportant à présent sur le profil chaud du millésime. Toutes les cuvées 2015 du Domaine (voir photo) ont été dégustées au cours d’une fabuleuse horizontale de deux heures en quasi lévitation. AU PROGRAMME : Marsannay « Vielles vignes » Dominique Laurent – juste pour aviner les verres avant de passer aux Grands Crus DRC; Corton Grand Cru « Prince Florent de Mérode » - en guise de mise en bouche flamboyante, assemblage de 3 « climats » (lieux-dits) contigus  pris en fermage en 2008 sur la Côte de Beaune (4583 bouteilles récoltées) ; Echézeaux GC – très différent des Grands Echezeaux dont il n’est pourtant séparé que par un simple chemin, 100% vendange entière (25 hl/ha, 13758 bouteilles) ; Grands-Echézeaux GC – terroir plus argileux et profond qu’Echézeau (30 hl/ha, 12672 bouteilles) ; La Romanée-Saint-Vivant GC « Marey Monge » - issue de parcelles déjà exploitées par les moines de l'abbaye éponyme il y a un millénaire, plus minéral et « viril » (26 hl/ha, 1677 bouteilles » ; Richebourg GC – voisin de la Conti, chaleureux et avec les mêmes arômes de poivron (24 hl/ha, 10185 bouteilles) ; La Tâche GC Monopole (mention rare indiquant que le « climat » appartient à un seul propriétaire) – superbe harmonie gustative (25 hl/ha, 16644 bouteilles) ; Romanée-Conti Grand Cru Monopole (recueillement dans la salle !), servi dans le verre ad hoc (Riedel "Veritas Old World Pinot Noir") – la pureté, le soyeux, les notes et la vibration subtiles d’un pétale de rose sublime (22 hl/ha, 4831 bouteilles moins les 2 bues ce soir-là !) ; et (tradition bourguignonne oblige !)  nous concluons par le blanc Montrachet GC – bois magnifiquement intégré, « tellement grand qu’on se demande comment il pourrait devenir meilleur ! » s’exclame en forme de louange ultime François Audouze, célèbre fondateur de l’Académie des Vins anciens (30 hl/ha, 2579 bouteilles). Le service attentionné de chaque cuvée par l'équipe de Grains Nobles est entrecoupé d’un intermède, donnant aux participants la possibilité de poser des questions et aux intervenants de partager leurs commentaires éclairés : un des secrets du Domaine réside dans la typicité des levures et bactéries indigènes de la cave – l’élevage en fût de chêne neufs (tonnellerie François Frères), sélectionnés pour la finesse du grain de leur bois et mis en service après 3 ou 4 années de séchage avec brûlage long, optimise les échanges avec l’extérieur – le choix d’un rendement modéré de la vigne, adapté à chaque millésime, favorise une intensité aromatique préservant le vin d'un marquage excessif par le bois – la sélection particulièrement rigoureuse à la vendange, puis sur la table de tri où seuls les raisins restant sur la partie centrale parviennent dans la cuve (les grains exclus servent à élaborer un rosé et un rouge « interne » pour le personnel !). Ces propos et informations recueillis sur le vif permettent de mieux appréhender la renommée internationale prestigieuse de la Romanée-Conti qui atteint des prix vertigineux (une bouteille de 1945 adjugée à 558 000 euros lors d'une récente vente aux enchères à New-York !), aux antipodes de  l’humilité et l’abnégation de tous ceux qui œuvrent au quotidien depuis des générations à son avènement annuel. Dans le remarquable film documentaire sorti en 2011, « Quatre saisons à la Romanée-Conti » (revu à la maison avec beaucoup d'émotion à l’issue de cette présentation), l’écrivain David Cobbold explique que c’est « l’implication humaine et l’accumulation des détails qui distinguent un très Grand Vin d’un très bon vin ». Parmi ces détails on peut citer la « prise de conscience forte » par Aubert de Villaine, « qu’il est impossible de ne pas être en bio dans un Domaine qui produit des Grands Crus » : après une quinzaine d’année d’expérimentation discrète, toutes les parcelles bénéficient  depuis 2007 de l'approche biodynamique. Un autre point remarquable mentionné par Christian Canales, généreux collectionneur de grands vins présent dans la salle, est l'aptitude de la Romanée-Conti, sur des années jugées peu dignes d'intérêt par une grande partie de la presse spécialisée comme 1975 (à l'instar de 2007), à révéler près d'un demi-siècle plus tard ses parfums extraordinaires de rose fanée si singuliers (bravo à ceux qui ont eu l'intuition de mettre en cave ces 2 millésimes !).  Le Domaine a l’immense mérite de continuer inlassablement à produire, grâce à un travail d'orfèvre, d'authentiques cuvées de terroirs où « la personnalité du vin est plus importante que ses arômes », sans se laisser entraîner dans la dérive mondialiste des vins de séduction frôlant parfois le racolage. Il en résulte un « nectar des nectars » dont chaque goutte transmet le « message du vin », si cher à l'inspiré caviste Bruno Quenioux (Philovino) qualifié par Aubert de Villaine « d’homme rare », indiquant le chemin de l’ivresse de l’âme à celui qui le boit en conscience. Fruit de l’union alchimique entre l’énergie lumineuse céleste, la force nourricière terrestre et la main de l'homme, les cuvées du Domaine de la  Romanée Conti sont de précieux breuvages qui suscitent, sans se départir de leur part d'insondable mystère, le sentiment exaltant d'avoir goûté un instant sacré d'éternité.

10.10.18

Escapade Surf & Gastronomie sur les rivages landais

Il était une fois dans le "phare-ouest" gascon

Au débouché d'une route louvoyant à travers une végétation luxuriante, à  8 km à l’ouest de Saint-Julien-en-Born, un massif phare terrestre noir et blanc émergeant au-dessus de la cime des arbres monte la garde à l'entrée de la petite station balnéaire de Contis-Plage. "Bourgade fantôme" en hivers, son activité estivale se concentre sur quelques centaines de mètres de part et d'autre de l'avenue de l'Océan qui se prolonge à travers la dune par un chemin piétonnier en larges planches, pour s'ouvrir sur une plage rectiligne de sable fin s'étendant à l'infini, au nord comme au sud. Chaque fin de mois de juin Contis est sous le feux des projecteurs à l'occasion du festival international de courts métrages organisé depuis 1996 dans son atypique et haut en couleur cinéma d'art et d'essai. Bénéficiant d'un environnement sauvage baigné dans un bel éclairage, et bordée par un bras de mer bien nommé "le courant", la station offre un décor naturel prisé des metteurs en scène. En cette fin septembre elle accueillait le tournage d'une série télévisée fantastique dont l'intrigue se situe dans le milieu des surfeurs ("La dernière vague" ) et qui sera diffusée sur France 2 l'année prochaine. Côté hostellerie et restauration Contis ne manque pas non plus d'atouts. L'Hôtel de la Plage est un véritable "hymne au bois" tant par l'envergure de son architecture extérieure que sa chaleureuse décoration intérieure où il déploie tous ses charmes : chambres élégantes et confortables organisées autour d'un jardin-patio lumineux où trône un luxueux hamac sur support, cocon idéal pour la sieste du surfer harassé par son duel (au soleil) avec les vagues. Au revers de la dune deux établissements rivalisent par leur spacieuse terrasse. D’un côté la Crêperie La Royale (dont le "siège social" se trouve dans les toilettes !) est un lieu privilégié pour prendre un café matinal accompagné par les gaufres au chocolat "aériennes" servies par la sympathique Anne. Juste en face L'Oyat Café propose à l'année des produits océaniques frais (moules de bouchot petites mais charnues, gambas sauvages, belle sole meunière...) accompagnés par une courte mais judicieuse carte de vins à "prix d'ami" sélectionnés par le fervent patron  Cédric : Tursan rosé de propriété (Cabernet franc / Fer Servadou pour les "initiés"), Côtes de Beaune 1er cru 2015 (Maison Bouchard Père & Fils)... D'autres tables savoureuses appréciées aux alentours de Contis et de Moliets-plage, qui a servi de base à la 2ème partie de l'escapade (au remarquable Camping **** Le Saint Martin, véritable "paradis des moineaux"), ont rejoint la rubrique "Restaurants à la L.A.I.S.E." du blog sous les codes postaux 40xxx : Auberge du Born (St-Julien-en-Born) - "Cuisine gourmande au gré des saisons dans grande bâtisse traditionnelle"; Le Saint-Julien (St-Julien-en-Born) - "Cuisine régionale raffinée et créative dans cadre élégant et moderne"; L'Estanquet (Lit et Mixte) - "Marie garbure aux saveurs ancestrales landaises dans cadre chaleureux "; Crêperie Saint Jours (Vieux Boucau) - "Délicieuses spécialités bretonnes dans joli cadre landais"; La Tétrade côté Lac (Hossegor) –  "Cuisine mer et terroir pour quatuor harmonieux avec vins et spiritueux dans cadre panoramique". En bonus, une bonne adresse sur le chemin du retour : L'arrosoir (17420, Saint-Palais-sur-mer) - "Bistronomie terre et océan en harmonie avec crus de Charente et d'ailleurs". Des spécialités savoureuses, on en trouve aussi sur les petits marchés comme celui de Léon, proposées par de chaleureux producteurs et artisans de bouche locaux :  le "Pastis landais" (brioche dense et parfumée) et les "canelés" moelleux (petits" gâteaux bordelais" aromatisés au rhum et à la vanille) de LanDélis (Jean-Noël Labèque et sa fille Laetitia); la gamme de bières du Huchet brassées à base d'ingrédients biologiques et d'eau de source des Pyrénées... Mais aux premiers jours de l'automne, c'est surtout les touristes germaniques et (bien entendu !) "hol-landais" qui partent à la conquête des vastes étendues sablonneuses de cet attachant territoire gascon, tel un "far-west à la française" où la loi du plus fort aurait été abolie au profit d'une indéniable douceur de vivre.

18.3.18

L'épopée des Grands Jours de Bourgogne

En quête du climax des Climats

Salon itinérant bisannuel, remarquablement organisé par une équipe dédiée soutenue activement par le BIVB et ses partenaires institutionnels, les Grands Jours de Bourgogne offrent à 2500 professionnels du monde entier triés sur le volet, une opportunité incomparable de mieux appréhender in situ la richesse et la diversité exceptionnelle des terroirs bourguignons. En compagnie de l'émérite sommelier (et agent commercial !) AlainSégelle nous avons rayonné durant 5 jours, à partir d'une accueillante chambre d'hôte "gastronomique" beaunoise (la bien nommée Au Raisin de Bourgogne *), sur les 10 lieux accueillant un millier d'exposants. Ces domaines représentaient la plupart des 84 A.O.C. des cinq principales sous-régions viticoles - Chablis et Grand Auxerrois, Côte de Beaune, Mâconnais, Côte Châlonnaise, Côte de Nuits - constellées de 1247 Climats (parcelles spécifiques et "lieux dits") dont 640 classés 1er Cru et une centaine en Grands Crus (1% du volume total de la production moyenne). Les cuvées mises en avant, majoritairement en blanc et rouge plus quelques rosés et effervescents, étaient issues essentiellement de deux millésimes très contrastés : le "solaire / magnifique" 2015 béni par une météo généreuse, et le "compliqué / miraculé" 2016 particulièrement affecté par des gelées tardives et orages de grêle. Nous avons également pu goûter des échantillons du millésime 2017, tout juste mis en bouteille ou tirés sur cuve/fût spécialement pour l'occasion, qui se sont révélés de séduisants "surdoués" associant la finesse des 2014, l'opulence des 2015 et la "tension" des 2016. Malgré un rythme assidu quotidien de 9h à 17h, agrémenté d'une courte mais salutaire pause-buffet, nous avons eu le temps d'apprécier à peine plus de 1800 des quelques 10000 flacons proposés à la dégustation ! Derrière l'apparente uniformité des vins bourguignons, en quasi-totalité mono-cépage (Chardonnay ou Aligoté pour les blancs, Pinot Noir ou Gamay pour les rouges), se cachent d'étonnantes et subtiles variations gustatives liées aux multiples facteurs naturels et humains contribuant à leur élaboration, à la vigne et au chai : structure géologique et pédologique, profil topographique et orientation des parcelles; biodiversité, pratiques culturales, date des vendanges, tri des grappes, techniques de vinification, type et durée d'élevage, assemblage final et mise en bouteille, vieillissement en cave. Ici, chaque morceau de terroir forme avec son vigneron un couple unique et  indissociable dont l'harmonie relationnelle va déterminer la qualité du nectar qui s'épanouira dans nos verres après plusieurs mois ou années de gestation. En soirée, des "off" sous forme de dégustations thématiques furent l'occasion, dans une ambiance conviviale, de transcender les classements viticoles officiels dont la complexité peut désorienter les non-initiés : "Millésimes froids et chauds" animée par la Bourgogne Wine Alliance, composée de 5 "négociants en chambre" promouvant des petits producteurs de haute qualité - "Exception'elles" organisée par Femmes et Vins de Bourgogne , association regroupant une trentaine de vigneronnes soudées et "féminines mais pas féministes" - "Vins du Jura" et sa remarquable palette de vins à forte personnalité (vin jaune, vin de paille...) - "Paulée nocturne" improvisée au Domaine Bernard Millot avec une amicale de "jeunes vignerons passionnés" venus d'horizons variés - "Les Gobeloteurs", groupement hexagonal de "vignerons partageurs" guidés par la recherche de l'excellence. Tous ces hommes et femmes amoureux du terroir, qui nous ont fait découvrir le fruit de leur labeur, ont pour traits de caractère communs l'humilité, le courage et la solidarité face aux fréquents aléas du métier. La sensibilisation des nouvelles générations de viticulteurs, dans le sillage des pionniers du bio et de la biodynamie (Guillot, Giboulot, d'Heilly et Huberdeau, Derain, Trapet, Rateau...), à des approches plus respectueuses de la plante, de l'environnement et de la santé des populations locales autant que de celle des consommateurs, est prometteuse pour l'avenir. Dans le contexte d'un marché global abreuvé par des "vins génériques" sans âme et aux arômes variétaux standardisés, le vignoble de Bourgogne, héritier d'une longue tradition et fier de sa typicité reconnue par l'inscription en 2015 de ses Climats sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, a encore de beaux (et grands !) jours devant lui...
* en clin d'œil : "De chez Loiseau on s'envole aussitôt, chez Evelyne et Didier on fait son nid au-Cîteaux"

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