Le Plaisir ET la Forme

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10.2.17

Les Salons Ange-vins du dit-Vin

Tous les Chenins mènent aux A-rômes

Crédit : Christian Bourgeois
A l'aube de ce premier samedi de février bien arrosé, en compagnie du seul Sommelier capable de déguster plus vite que son ombre, Alain Ségelle (Monde vivant du Vin), et de notre fidèle conducteur Conseiller-caviste expérimenté, Christian Bourgeois (Rencontres oenophiles), nous avons quitté Paris pour rejoindre la capitale du Maine-et-Loire qui accueillait 4 jours durant une belle série de manifestations professionnelles. Le 31ème Salon des Vins de Loire, organisé par Angers Expo Congrès, constituait l'évènement phare et le fil rouge de notre virée au cœur de l'Anjou, avec un accueil particulièrement bienveillant réservé par l'équipe de  l'agence de relations presse Oxygen  aux 140 journalistes accrédités. Du dimanche au mardi environ 250 exposants, répartis dans un hall spacieux et bien aménagé, ont représenté l'ensemble du vignoble ligérien qui forme un arc-en-ciel de terroirs sur près de 1000 km des Côtes d'Auvergne aux Fiefs Vendéens. Ces hommes et femmes passionnés, dont la vie est rarement un "long fleuve tranquille", ont dévoilé à environ 9000 visiteurs éclairés leurs nouvelles mises en bouteille, pour la plupart tout juste tirées des cuves ou fûts faisant encore office de berceau aux jus du millésime 2016. Nous avons découvert de jolis "bébés" en apparence plus chétifs que ceux de la "couvée" précédente, leur gestation ayant été perturbée par une succession de vicissitudes météorologiques, qui semblent néanmoins promis à un bel avenir grâce au miraculeux "été indien" qui a précédé les vendanges. Cette heureuse perspective est réconfortante non seulement pour les producteurs certifiés "bio", mais aussi pour tous ceux qui ont adopté d'autres labels environnementaux exigeants (Terra Vitis, HVE, Global GAP...), attestant de leur évolution, malgré les aléas climatiques, vers des pratiques plus respectueuses de la nature et des consommateurs. Un copieux programme de Master class facilitait, par exemple, la compréhension de l'influence du réchauffement global sur les appellations ligériennes. Plutôt spontanément bénéfique pour quelques-unes (comme le Muscadet), il motive chez d'autres le renforcement de l'utilisation de variétés de raisins mieux adaptés, comme le Côt (Malbec). Le Parc des Exposition d'Angers hébergeait simultanément 2 autres salons d'envergure. Au rez-de-chaussée, La Levée de la Loire regroupait 150 acteurs du vin biologique implantés au bord du majestueux cours d'eau et de ses affluents, ainsi que quelques "amis" d'autres régions de l'Hexagone et de l'étranger invités à faire découvrir leurs talents. Un clin d'œil au plus "exotique" des exposants, la Ferme Agricole Desrochers et sa gamme de vins de miel en provenance du Québec. A l'étage au-dessus (un peu plus près des étoiles !) le Salon International des Vins Demeter réunissait de son côté 70 vignerons en biodynamie dont les nectars offrent un indéniable supplément de vitalité, et souvent de finesse aromatique, clairement perceptibles (8 fois sur 10 à l'aveugle !) par les nez et palais les plus réceptifs. Impossible d'établir une hiérarchie entre tous ces attachants créateurs d'émotions sensorielles; alors juste une sélection d'instants de grâce enracinés dans une parcelle de mémoire : Les Coteaux du Layon Faye du Domaine de Juchepie (les seuls oubliés du catalogue !) mis en valeur dans d'élégants carafons, le Cabernet sauvignon moelleux (en VDF) Le Quart d'heure Ange Vin du très "chouette" Domaine des Sablonnettes, et la gamme de Cavas (méthode traditionnel catalane) du domaine espagnol Castel d'Age présentée par la pétillante Olivia Junyent. Un apéritif confraternel a réuni le lundi soir les exposants de ces 2 salons bio(dynamiques) autour de dizaines de bouteilles entamées ramenées des stands. Plusieurs édifices historiques de la ville d'Angers abritaient également des dégustations hors des sentiers battus, dont la plus importante était le Salon St Jean (éponyme de l'ancien hôpital abritant la tapisserie "le Chant du Monde" de Jean Lurçat) avec la participation de 200 viticulteurs français et européens magnifiant l'expression de leurs terroirs par une approche culturale biologique ou biodynamique. Parmi eux, les domaines autrichiens Gut oggau et Meinklang nous ont régaler de crus transcendants à base de cépages autochtones. Deux autres salons plus marginaux ont également connu une forte affluence. Les Pénitentes et ses 30 vignerons tendance "écolo" privilégiant le caractère vivant du vin, par la quasi-absence de traitements à la vigne comme au chai, mais dont les cuvées dévoilaient parfois des goûts un peu trop "austères". On pouvait cependant y croiser quelques OVNIs gourmands tel ce Bourgogne blanc oxydatif élevé sous voile par Dominique Derain, bon à marier avec un homard au cacao. Les Anonymes (qui ne devraient pas le rester longtemps !) rassemblait dans une ambiance débridée environ 90 "artisans-vignerons" enthousiastes proposant des cuvées naturelles et inspirées, comme Les Trois Petiotes (Côte de Bourg), Thomas Boutin (Anjou), le Domaine Benastra (Roussillon) ou Sylvain Bock (Ardèche). Le point d'orgue de notre escapade angevine fût sans conteste la Soirée Dégustation Chenins, idéalement organisée dans la Collégiale Saint-Martin autour de 80 cuvées de blancs secs, moelleux et de fines bulles illustrant la magie de ce cépage emblématique de la région. Son origine, d'après les sources les mieux documentées, semblerait remonter au début du 16ème siècle (à l'époque de François Rabelais), sous le nom de "plant d'Anjou". Sublimés par un savoureux buffet (préparé par l'association Lisières de Rochefort sur Loire), une sélection de millésimes plus anciens généreusement offerts, comme le Coteaux du Layon cuvée Anatole Pierre 1990 du Domaine Cady, révélaient des arômes subtils propices à la méditation. A l'antipode de l'atmosphère oppressante de certaines grandes manifestations parisiennes, la bonne synergie entre ces divers salons, à taille humaine et aux profils contrastés, a favorisé la juste appréciation d'un large éventail de vins au cours d'une tournée qui s'est achevée en douceur (angevine) mardi à la nuit tombante...

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